Une part plus intime du parcours
Sortir du
silence.
Le récit
Du secret
à l’adresse.
Durant des années, j’ai réalisé de nombreuses œuvres loin des regards.
Ce n’était pas la pratique qui me manquait, mais la compréhension de ce qui la rendait nécessaire. Le faire comptait davantage que la place à occuper. Je dessinais avec une attention extrême, puis je rangeais les œuvres. Les montrer, parler d’elles ou participer à la vie publique de l’art venaient après le besoin de les produire.
J’ignorais alors l’origine de cette intensité perceptive. Les couleurs, les formes, les rythmes et les relations mobilisaient toute mon attention. Je travaillais à partir de cette perception sans disposer des mots nécessaires pour la comprendre ou la rendre partageable.
La mort de ma mère a été suivie d’une rupture familiale profonde, puis d’un effondrement personnel. L’équilibre que j’avais construit n’a plus tenu.
C’est alors que l’écriture a surgi.
Mon premier livre est né de cette rupture. Les mots sont venus avec une force que je ne connaissais pas. J’ai d’abord écrit pour me fuir moi-même. Mais en reprenant mon histoire, l’écriture m’a obligée à regarder ce qui, jusque-là, était resté sans explication.
Ce premier livre est devenu une relecture autobiographique, puis un manifeste sur l’art. Il ne portait pas encore sur la perception. Pourtant, son écriture m’a conduite à consulter, à entreprendre un travail thérapeutique et à découvrir tardivement que j’étais Asperger, HPI et synesthète.
Ces mots n’ont pas créé ma singularité. Ils ont éclairé ce qui traversait déjà mes dessins, mon rapport au travail et ma manière de percevoir. En regardant rétrospectivement les œuvres réalisées dans le secret, j’ai reconnu une cohérence dont j’ignorais l’origine.
Depuis, je n’ai pas cessé d’écrire.
J’écris chaque jour. Je dessine chaque jour. Le dessin demeure au cœur de ma pratique ; l’écriture me permet d’approcher ce qu’il engage et de le transmettre.
Ce travail se déploie désormais dans trois livres. Le premier, achevé, est actuellement proposé à des maisons d’édition. Le deuxième entre dans sa phase d’achèvement. Le troisième, Dessiner l’attention, est en cours d’écriture et prolonge cette recherche sur les relations entre le dessin, le geste, le corps, la perception et le langage.
Pour communiquer ce monde intérieur, je prends les mots que nous partageons tous et je tente de les porter au plus près de ce que je perçois.
Il ne s’agit pas d’illustrer un diagnostic ni de faire de ma singularité un sujet fermé sur lui-même. Asperger, HPI et synesthète ne sont pas les thèmes de mon travail : ils permettent de comprendre depuis quel point je dessine et j’écris.
Aujourd’hui, les œuvres ne restent plus séparées des mots qui me permettent de les transmettre. Ce qui s’est construit dans le secret devient une recherche, une forme de connaissance et une adresse aux autres.